Il vient toujours quand les bandes annonces ont commencé. Il a son style de films, je sais à l'avance lequel il a choisi. Il met du temps à descendre les marches avec sa canne, mais ce n'est pas douloureux, il prend le temps, son temps. Il est courtois mais a gardé son sourire dans ses yeux, même si on devine qu'il n'a pas toujours ri, qu'il a fait montre de figure d'autorité et d'un certain prestige.
Il m'a donné envie d'aller voir un film. Je ne l'imaginais pas si fleur bleu. On est resté parler. Pendant 10 ans, on s'est croisé, on vivait en parallèle, de Bordeaux à Brest. Comme une rencontre reportée. Les mêmes lieux, les mêmes services de médecine et neurologie. Les mêmes personnages autour. On a parlé de recherches en neurosciences en lesquelles il émet un gros doute "parce que ça serait trop beau". Je lui ai dit que si personne n'ose essayer, croire, voir autrement, personne ne trouvera jamais rien. J'ai bien senti qu'on ne lui parle pas de cette manière. Après je lui ai expliqué mon parcours jusqu'à mon travail de géobiologue sur les animaux d'élevages et les soins de magnétisme qui font disparaitre à distance les zonas et touti quanti sur les personnes. C'était pousser le bouchon, c'était un gros défi personnel, c'était un Gros coming-out, plus fort que celui de l'homosexualité. Parce que j'affichais ce que je suis devenue de la neurobiologiste cartésienne d'autrefois quand on vivait en parallèle, à la radiesthésiste d'aujourd'hui. C'était m'affirmer dans un monde irrationnel après un apprentissage complètement rationnel. C'était casser les codes, c'était... C'était grandir. Je pensais le déstabiliser, j'ai cru qu'il allait me rejeter, mais c'est lui qui a marqué le point en me disant "il y a des différences de sensibilités inexplicables, si vous avez des dons, il faut les exploiter. Si j'avais été encore en activité, j'aurai fait appel à vous."

Il était presque l'heure de fermer. Le monsieur descend avec son fiston. Un grand gaillard avec un bandeau blanc en travers sur son crâne rasé, des chaînes autour du cou, des lunettes ray-ban et des bagues et mille éclats brillants encore. J'ai cru qu'il avait creuvé l'écran et était sorti par la toile, d'un film. J'ai cru que j'étais en VO et que je parlais couramment américain. Et en même temps j'ai pensé à Florence Foresti "Wesh gros, do you know la matmut?".
C'est rare, sinon jamais, que je me fasse cette remarque, mais il sentait bon. Et il avait beaucoup de charme, celui d'un faux mauvais truant. La force de son sourire. Ne jamais oublier la force d'un sourire donné du fond des yeux. Il est revenu ce soir, et ça fait 3 fois qu'il vient me voir.
La troisième fois, pour me remercier de mon accueil et d'avoir veillé sur ses enfants, il m'a fait 3 tours de magie avec des cartes. Tous exceptionnels, absolumment magiques. Dans le dernier, il m'a pris les mains et yeux dans les yeux il m'a fait son plus beau tour et j'ai souri en grand avec cette joie unique dans le coeur, j'ai même eu envie de pleurer. J'ai voulu le remercier d'avoir pris le temps de réparer ma magie qui battait de l'aile ces derniers temps mais pouf! il avait déjà disparu.


Il y a cette dame qui nous offre des chocolats, cette grand mère avec son petit fils qui a découvert la 3D et est devenue complèment fan du procédé "révolutionnaire". Il y'a tous ces gens avec lesquels j'interagis, juste une fois ou régulièrement. Et c'est étonnant, après 15 jours de gens plutôt stressés voire désagréables, ces derniers jours, ils ont tous eu des mots et des gestes gentils. Comme pour effacer les cernes noires, comme pour dire, allez viens, t'inquiètes pas, ça sert à rien, après la pluie, le beau temps. Autant garder le soleil. Autant garder le sourire. Autant se préparer à rebondir très haut et très beau. Et vraiment... Merci.