J'ai toujours eu un don pour pressentir les orages, les gros orages. Ceux qui arrivent avec des gros cumulus, immenses, gigantesques. Je les pressens avant de les voir, bien avant, tellement avant que quelques fois je crois me tromper parce que le ciel est infiniment bleu. Souvent j'ai un mal de crâne, un étau, une barre électrique entre les deux hémisphères cérébraux, une tension soutenue, unique à ce phénomène, comme si ma boîte cranienne devenait trop petite. Ca fait des étoiles dans les yeux.

Et puis les nuages finissent par arriver avec le vent, le soleil trop brillant disparait. Les premières gouttes de pluie tombent, rondes, grosses, chargées, une par une. Il y a toujours ce moment immobile, en suspens, comme une attente dans l'air qui semble d'un coup trop poussiéreux, avant que le premier grondement roule au dessus de l'océan, enfle, prenne sa force, il est toujours très long ce premier grondement, et j'attend de tout mon corps, de tout mon ventre, de tout mon coeur que ça craque. Parce que c'est devenu vital que ça craque. J'attend immobile sans respirer, le coeur arrêté.

Alors, les nuages commencent à clignoter de toutes part, et c'est un peu la panique, parce que je ne sais pas où va venir l'éclair, je ne peux pas le rater, il ne faut pas le rater. Mais soudain, il déchire le ciel, brillant, violent, blanc, dans un bruit assourdissant qui fait trembler la terre, qui rebondit dans toutes les directions. La vibration de l'orage m'entrechoque toute entière, me soulève, éclate le mal de tête qui disparait aussitôt. Et sous la pluie torrentielle électrisée, c'est tout mon corps, toute mon âme qui se recharge comme la magie la plus puissante de ce monde.

Je voudrais un orage, là maintenant. Un gros comme dans les montagnes ou dans le sud. Un qui remet les choses en place, qui fait se sentir toute petite mais si vivante, qui rappelle la force des énergies autour et à l'intérieur. J'ai toujours été fascinée par l'orage, depuis que je suis née. Je rêverai de faire l'amour pendant un orage. Une fois j'ai vu un orage sur Athènes, de l'avion, c'était le spectacle le plus magique que la nature ne m'ait jamais offert, on voyait des boules de lumière descendre du ciel le long des éclairs. Je rêverai de revoir ce spectacle, de revoir Zeus en action de ses nuages.