C'était comme une malédiction, comme si un vieux sorcier machiavélique s'était posé sur mon berceau et m'avait marqué avec le feu de l'esprit "jamais tu ne supporteras l'autorité, toujours tu t'y confronteras".

Mais en vrai, ça commencé avant, dans le ventre de ma mère j'étais déjà en manif, en révolte contre l'autorité des chefs, j'ai même des images, je suis sûre que c'était vraiment comme ça, une vraie manif des années 70 avec les hauts parleurs et des barricades pour enfermer la direction. Année de la sècheresse. J'ai rarement soif.

Dès la petite école, une cuisinière qui nous forçait à manger des petits poids dégueulasses en hurlant. J'ai pris le plat, je l'ai mis sous la table et j'ai shooté dedans de toutes mes forces. Me suis fait gronder très fort mais quand elle a eu fini, j'ai hurlé encore plus fort qu'elle. Du coup j'ai été au coin. C'était parfait, c'était dans la bibliothèque et j'aimais bien cet endroit avec tous les livres de toutes les formes et toutes les couleurs. Mon refuge. Une autre fois, j'aimais pas l'infirmière qui faisait les vaccins, elle était autoritaire. C'était encore dans cette bibliothèque. Alors on s'est caché dans un rayon derrière des livres avec ma super copine de l'époque. Au final, quand l'infirmière nous a trouvé, elle a ri et après je l'aimais bien.

Plus tard les profs, même refrain, viré de cours pour insolence, collée, mais une seule fois, parce qu'au final j'arrivais quand même à maitriser un peu le truc. Où ça a commencé franchement à déconner c'est quand j'ai commencé à bosser. Les boss. Comme dans les jeux vidéos, plus ça a été, plus ils ont gagné en force et en tactiques. Autant que moi. Le dernier en date, c'est celui que j'ai en ce moment. C'est un job d'appoint. Je m'étais fait la promesse de rester tranquille, de ne pas faire de vagues.

Tu parles.

Ca ne fait que 6 mois que je travaille là. C'est encore parti en live. Je me suis dit. Mais p*tain c'est pas possible! C'est moi qui créé ça. A chaque fois c'est pareil. Faut que j'arrête de créer ce conflit, qui devient frontal. C'est à celui qui défoncera le plus fort le front de l'autre. Il faut que je trouve la solution, ça suffit. Et là une collègue me raconte son accident et la réaction de ce chef, motivé par aucun état d'âme, il a juste demandé où elle en était dans l'avancement de son travail. Sur le coup, j'étais encore plus en colère. Et puis, tout d'un coup, toute la colère s'est arrêtée, j'ai compris.

J'ai compris qu'il est con, sans que je sois là, il est naturellement con. Ce n'est pas moi qui créé sa connerie. Je n'ai pas à me remettre en question là dessus. Non! Où je me trompe, c'est que je prend personnellement le conflit, la remarque, l'autorité abusée. Alors qu'il est comme ça avec tout le monde. Et si je retourne dans le passé, tous les autres boss étaient pareils.
Alors... D'un coup, je n'étais pas seule devant lui. Alors, à ce qui aurait pu être notre dernière confrontation, il m'a attaquée et j'ai dit n'importe quoi, je suis partie dans un délire complètement loufoque qui a fait craquer de rire la sous directrice et il n'a pas eu le choix, il a ri. Je ne suis plus son jeu. J'allais partir avec le sourire, mais la sous directrice me rappelle: "tes cadeaux de noël".

Et ainsi je repartie souriante et avec des cadeaux. Et une nouvelle idéologie, l'autorité est une grosse farce. Et j'ai remercié ma collègue de l'énorme pas en avant qu'elle m'a aidé à franchir.